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vendredi 27 janvier 2012

ESTURGÉNOCIDE

On ne le sait pas suffisamment mais la Bulgarie s’inscrit parmi les plus farouches défenseurs de l’environnement. C’est ainsi que les autorités bulgares viennent de décréter l’interdiction, au moins temporaire, de la pêche de l’esturgeon dans leurs eaux. Pas celles de la Maritsa, chère à Sylvie Vartan mais assez pauvre en esturgeons. Non, la pêche est désormais prohibée dans le Danube et dans la partie bulgare de la Mer Noire. Les ichtyologistes locaux ont observé que la taille des poissons pêchés était toujours plus modeste et qu’à ce train les esturgeons ne seraient bientôt plus en mesure de se reproduire. Or sans leur reproduction, il nous faudra faire une croix sur le caviar, même si les œufs d’esturgeon mis en boîte deviennent aussi et par là même impropres à la reproduction. Quoi qu’il en soit, la Bulgarie est sage.

Mais une difficulté apparaît bien vite comme un obstacle à la prudence bulgare. D’abord, le littoral où ce pays est souverain, dans les alentours de Varna, ne représente qu’une infime partie des rivages de la Mer Noire, le reste se partageant entre la Turquie, la Géorgie, l’Abkhazie, la Russie, l’Ukraine et la Roumanie, pour ne rien dire des prétentions maritimes de la Moldavie et de la Transnistrie. A moins qu’ils aillent se réfugier dans les eaux territoriales bulgares, les esturgeons restent donc très exposés à la surpêche.

Le problème le plus aigu est toutefois celui des poissons du Danube puisque, d’une part, c’est dans les fleuves que se pêchent les plus beaux esturgeons et que, d’autre part, le Danube gris (il n’est plus bleu dès sa sortie de Vienne) constitue, passées les Portes de Fer et jusqu’à la Dobroudja, la frontière entre la Bulgarie et la Roumanie. Les esturgeons se trouvent donc protégés sur la berge bulgare mais traqués du côté roumain. On s’accorde en général à dire que l’intelligence des poissons est assez médiocre et que leur mémoire en particulier est quasi inexistante. Comment les esturgeons du Danube pourraient-ils avoir connaissance et souvenir de la réglementation bulgare alors que le contribuable français le mieux documenté se perd dans les filets de notre administration fiscale ? Impossible.

Il est donc à craindre que la belle interdiction fulminée par le gouvernement de Sofia ne soit qu’un coup d’épée dans l’eau et qu’on retrouve, à Sofia comme à Plovdiv, un marché noir du caviar de la Mer Noire.

Ceux qui auraient lu la charge anti-Delerm commise par Zilberstein, « La première louche de caviar », pourront se reporter à « On n’a pas toujours du caviar » de Johannes Mario Simmel.

Rodez à Pau

Ce samedi à 19h au Hameau

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jeudi 26 janvier 2012

BLUES

Nicolas Sarkozy avait été frappé, voici quelque temps déjà, d’un malaise vagal. Désormais, il souffrirait de vague à l’âme. C’est du moins ce qu’il a confié à des journalistes qui l’accompagnaient à son retour de Guyane. On sait que la saison des pluies en zone équatoriale est assez émolliente mais on n’aurait tout de même pas imaginé qu’elle transformerait un jaguar en agouti. Comme si un lion devenait végétarien. Car notre homme, qui s’apprête selon ses proches, à dévorer François Hollande tout cru, et Marine Le Pen, et François Bayrou, sans compter quelques autres en hors-d’œuvre, n’aurait plus le cœur à son entreprise. Il en envisagerait l’échec, ce qui ne lui ressemble guère.

Car, il l’a dit, s’il perd la présidentielle, il arrêtera la politique. Qu’on ne compte pas sur lui pour aller se représenter aux cantonales ou aux législatives comme le premier Giscard venu. Ses troupes ? Il n’en a rien à faire. Elles se débrouilleront seules. Il est vrai que l’UMP ne manque pas de gens ambitieux et que la relève sera féroce, au moins pour la concurrence.

C’est que le bon Nicolas est un peu fatigué. Après avoir passé cinq années en surchauffe permanente à sauver la France, l’Europe, le monde et Neuilly s/Seine pour ne récolter que l’ingratitude légendaire des électeurs, il aspire à des semaines de travail réduites. Lui qui avait si fort critiqué les 35 heures se voit bien exercer de nouvelles fonctions (avocat de Liliane Bettencourt ? conférencier comme Bill Clinton ? partenaire de golf d’Arnaud Lagardère ? raconteur de blagues grecques pour Angela Merkel ?) à un rythme très ralenti. Un peu de travail le mardi, une journée pleine le mercredi, et une petite prolongation le jeudi. Il lui resterait énormément de temps pour se cultiver ; des loisirs qui ne seraient pas superflus. Pour signifier que la politique n’est pas la seule activité dans la vie, Alain Juppé avait commis un livre, voilà une vingtaine d’années, « La tentation de Venise ». N. Sarkozy pourrait commencer par là. A l’image de son auteur, l’ouvrage n’est pas folichon. Ce n’est ni Blondin ni Vialatte. Mais pour notre futur ex-président, ce sera sans doute une épreuve moins pénible que la lecture de « La Princesse de Clèves ». Au reste, si ce Nicolas est à ce point démoralisé et peu combatif, il devrait s’épargner une campagne difficile et se retirer sans plus tarder dans quelque ermitage mis à disposition par Vincent Bolloré ou Martin Bouygues. Il n’est pas obligé d’aller à La Trappe directement ; il lui faut un sas de décompression. Le Cap Nègre est bien aussi.

Sans le moindre rapport, notre nouveau lecteur désœuvré pourra se plonger encore dans « Le Siècle des Lumières » d’Alejo Carpentier. Il y verra comment on perd la tête à Cayenne, phénomène bien connu des historiens.

mercredi 25 janvier 2012

RÉTROACTIVITÉ

Assez stérile jusqu’à maintenant, la campagne présidentielle d’Hervé Morin force la compassion. En parlant des Français, il a tout d’abord soutenu qu’il était difficile d’expliquer à « des cons » l’engagement de notre pays en Afghanistan. Evidemment, il a ensuite prétendu que sa phrase avait été sortie de son… con-texte.

Mais il ne s’en est pas tenu là. Il a rappelé ses racines normandes pour dire que lorsqu’on avait, comme lui, vu le débarquement de 1944 (rappelons que notre homme est né en 1961) on avait d’une certaine façon les cimetières militaires et leurs alignements de croix blanches « dans son ADN ».

Notons tout d’abord que, si l’on en croit les séries télévisées américaines, il n’est pas meilleur d’avoir un cimetière dans son ADN que d’avoir l’inverse. On risque toujours une exhumation. Mais l’essentiel n’est pas là. Beaucoup de prétendants à l’élection présidentielle ont pour ambition de nous révéler notre avenir. Hervé Morin, lui fait revivre notre passé ; il fait parler les morts, ce qui est, tout bien considéré, le travail des idéologues dans nombre de partis politiques. Il nous réinstalle au premier rang des spectateurs de notre Histoire. Il ne se contente pas, comme d’autres, de célébrer Jeanne d’Arc. Non, il s’apprête à nous en parler puisqu’il l’a personnellement bien connue.

Pendant ce temps, les fourbes et les félons du Nouveau Centre s’apprêtaient à enterrer la candidature d’Hervé Morin. Celui-ci leur reprochait avec beaucoup d’acrimonie de lui faire aujourd’hui exactement ce qu’il avait fait à François Bayrou en 2007. Mais peu importe puisque ceux qui voulaient l’ensevelir en ont été pour leurs frais. L’âme d’Hervé Morin erre déjà dans les grands cimetières sous la lune.

Pourquoi ne pas utiliser à fond les ressources d’un homme aussi précieux ? Aurait-il rencontré récemment le petit Louis XVII dont on attend toujours des nouvelles ? Et Toutânkhamon est-il le fils de Nefertiti ou l’enfant incestueux d’Akhenaton et de la Younger Lady ? Plus directement branché sur la prochaine élection, Hervé Morin, qui fut en 1944-45 un grand copain du général De Gaulle, pourrait-il nous dire ce que celui-ci pense du gaullisme de Nicolas Sarkozy ? Ce doit être édifiant.

Les Français auraient grand tort de se priver d’un futur Président de la République revenu d’entre les morts et sans doute bien instruit par cette expérience de la vanité du pouvoir. Qu’on n’aille pas, au prétexte de 1944, le débarquer trop tôt. Cet homme est précieux.

Si ses affaires tournaient mal, Hervé Morin pourrait encore méditer sur les illusions de ce bas monde en lisant « Tandis que j’agonise » de William Faulkner.

NARCISSISME

Chose promise, chose due : nous nous étions engagé à évoquer le cas de Ségolène Royal. Car c’est un cas.

Rappelons tout d’abord que son ex-compagnon François Hollande a réussi l’examen de passage qu’il subissait avant-hier au Bourget. Trois mois après sa désignation comme candidat de la gauche socialiste et radicale, il a enfin lancé sa campagne. Avec brio, de l’avis général.

L’UMP elle-même, pourtant si prompte à dégainer, a marqué comme un temps d’arrêt. Et dans leurs commentaires, les dirigeants de la droite ont été obligés de reconnaître que, pour la forme au moins, ce François Hollande n’avait pas été mauvais. Dès le lendemain, ils se sont repris. En le taxant d’archaïsme. Le candidat aurait fait un discours de gauche – ils avaient l’air d’en être tout étonnés – mais d’une gauche des années 1970-1980. Bref, notre homme se serait directement inspiré de François Mitterrand, ce qui n’est peut-être pas le plus mauvais moyen d’aborder une élection présidentielle avec le projet de la gagner…

Quant aux autres dirigeants, ceux de la gauche, ils ont été dithyrambiques. L’homme avait été parfait. Eva Joly et J.L. Mélenchon eux-mêmes ont mis la pédale douce à leurs critiques habituelles. La seule manifestation de mauvaise humeur est venue de Ségolène Royal. Elle n’admet pas d’avoir été zappée lors du long rappel opéré par son candidat à propos des conquêtes de la gauche : les conventionnels, les révolutionnaires de 1848, les grands noms de la III° République, Jean Jaurès, Léon Blum, François Mitterrand, il a cité tout le monde sauf Ségolène. Et ça, ce n’est pas bien car la présidente du Poitou-Charentes estime que sa défaite de 2007 a en quelque sorte préparé l’éventuelle victoire de 2012. Les gens qui s’aiment à ce point sont toujours attendrissants. S’il faut être juste, François Hollande n’a pas cité non plus Jules Guesde, Paul Ramadier ou Guy Mollet. Ségolène est donc en bonne compagnie.

En revanche, il a cité Jospin et il faut bien reconnaître, avec Ségolène, que si la campagne de cette dernière en 2007 n’avait pas été un véritable triomphe, celle de son prédécesseur avait été franchement calamiteuse. D’ailleurs, Ségolène la visionnaire nous avait annoncé au soir de sa défaite contre N. Sarkozy qu’elle nous conduirait vers d’autres victoires. Elle tient parole par personne interposée et nul ne vient lui rendre justice. Franchement, que serions-nous sans elle ?

Elle se consolera de la versatilité de ses amis politiques en lisant « Je vous hais tous avec douceur » de François Léotard, autre grande figure méconnue.

lundi 23 janvier 2012

BOTTINES

Les journaux locaux aiment fouiller leurs archives pour y dénicher quelques nouvelles insolites ou quelques faits divers oubliés qui leur permettent, une fois par semaine ou une fois par mois, de publier l’actualité de leur région cent ans plus tôt. Le procédé n’a que des avantages. D’abord, il fournit de la copie à bon compte ; le journaliste se contente de sélectionner, de trier dans la mémoire. Ensuite, il entretient la nostalgie du lecteur, ressort inépuisable (ah ! les belles réclames pour la Boldoflorine). Enfin, ce travail d’historien du petit, de l’anecdotique contrebalance les fâcheuses tendances de l’Histoire moderne à ne voir que des grandes causes économiques et d’inéluctables déterminismes sociaux dans les événements ainsi soustraits à la liberté.

Le supplément dominical du Journal de la Haute-Marne est, dans ce registre, un des plus réjouissants. Aux qualités déjà énumérées du rappel d’informations centenaires s’ajoute une spécificité locale : dans l’Est de la France on pouvait dauber à loisir, voilà cent ans, sur les nouvelles venues de cette Allemagne qui nous avait volé l’Alsace et la Moselle. C’est ainsi que le JHM reproduisait une brève publiée en 1911 sous le titre « Oies bien chaussées ».

Le journal rapportait un fait avéré. Les Prussiens faisant grande consommation d’oies pour les fêtes de fin d’année, ils acheminaient les volatiles par troupeaux entiers de la Poméranie profonde jusqu’à Berlin. Pour éviter aux palmipèdes de se fatiguer lors de cette longue marche et de perdre du poids, on avait eu l’idée de tremper leurs pattes fragiles dans de la glu puis dans du gravier. Ainsi préparées, les oies poméraniennes étaient en quelque sorte chaussées pour la route.

En commentant cette pratique exotique, le journaliste haut-marnais de 1911 s’amusait cependant à poser une question : « En France, en cherchant bien, ne trouverait-on pas aussi des oies qui portent bottines ? ». Un siècle plus tard, après des décennies de combats féministes et de victoires du principe de parité, aucun commentateur, si ce n’est Eric Zemmour, ne prendrait de telles libertés avec l’image du beau sexe. C’est à peine si l’on entend encore quelques machistes de la politique parler à propos d’une femme ministre ou députée, de buse, de dinde ou de pintade. Il faut bien dire, pour un exemple, que Madame Morano fournit quotidiennement des prétextes à cet anachronisme sexiste. Tous ceux que tenteraient ces caricatures pourront se persuader de l’intelligence des oies en lisant « Les oies cendrées » de Konrad Lorenz, ce Lorenz à qui l’on reprochait d’avoir justement des idées trop prussiennes.

Demain, nous devrons parler de Ségolène Royal, ce qui ne nous éloignera pas du sujet.

samedi 21 janvier 2012

Aurillac 2- Rodez 2

Buts de Sané et Roumégous en amical

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vendredi 20 janvier 2012

KALVADOSK

A peine avions-nous évoqué, avant-hier, le Kazakhstan, ses résultats électoraux prodigieux et ses merveilles environnementales, que le journal Le Parisien nous apportait une information supplémentaire à inscrire au crédit de ce pays hors du commun.

Sous le titre « On a retrouvé la pomme originelle » et avec une reproduction d’un tableau flamand de 1550 montrant Eve cueillant la pomme sur la suggestion du serpent tentateur, le quotidien expliquait que les pommiers sauvages qui prolifèrent au sud-est du pays seraient en quelque sorte les ancêtres de nos arbres à goldens ou à reinettes. Malus sierversii, tel est le nom de la première pomme, est grosse, très sucrée et prolifique, les ours, qui la préfèrent, ayant assuré son essaimage par leurs crottes. Elle est de surcroît parfaitement naturelle et suffisamment vigoureuse pour n’avoir aucun besoin de pesticides.

En vérité, l’affaire n’est pas nouvelle. L’ancienne capitale du Kazakhstan, précisément située dans la zone montagneuse qui jouxte la Chine, s’appelle Almaty, soit à peu près « La pommeraie ». Mais à l’époque soviétique, on la dénommait Alma-Ata, ce qui signifie en turc « Le père des pommes ». Malheureusement, comme nous l’avons indiqué, la capitale a été transférée et le souvenir du jardin d’Eden s’est effacé.

Il est certes difficile aujourd’hui, quand on découvre Sémipalatinsk (également rebaptisée Semeï), ancien site des essais nucléaires terrestres de l’URSS, d’imaginer que le Kazakhstan était autrefois le paradis. La ville d’Almaty elle-même, gracieusement décorée de monuments à la gloire de la 22e brigade internationale prolétarienne et d’autres splendeurs staliniennes, n’offre pas un spectacle édénique. Mais la preuve a été faite par les pommes. Sans doute le premier homme a-t-il vécu dans les montagnes du Tian Shan ou sur les contreforts de l’Altaï. On comprend qu’il ait eu envie de voir du pays et qu’il ait, pour ce faire, disséminé sa tribu sur la terre entière. Il reste que sans cet ancêtre kazakh nous n’aurions ni pommes ni calvados. La résistance des pommes d’Almaty, qui poussent sur des arbres de trente mètres de haut, s’expliquerait selon les spécialistes regroupés dans l’association Alma (encore une turquerie) par cette circonstance que la température varie au Kazakhstan de 40 ° C en été à – 40° en hiver. Ce qui n’ajoute guère à l’attrait touristique de la région.

Au milieu des tomates, pommes de terre, maïs, ananas et caramboles, voici au moins un fruit qui n’est ne nous est pas venu d’Amérique grâce à Colomb, Cortès ou Pizarre. Il faudra enseigner dans nos écoles une éternelle gratitude envers le Kazakhstan.

Tarte aux pommes ou compote, on retrouvera « Le petit dessert » dans « Petit lexique du petit » de J.L. Petitrenaud. Un livre minuscule, en effet.

jeudi 19 janvier 2012

ZOOZOOS

Une fois de plus, Jean-Luc Mélenchon a sorti son bazooka. Il a traité Madame Le Pen de « semi-démente » et, plus curieusement, de « chauve-souris ». On croit deviner ce qu’il entend par là. Fifille Le Pen est une sorte de transformiste : elle joue à l’oiseau quand ça l’arrange et devient rat d’égout dans les circonstances qu’elle juge appropriées. Tout de même, l’interpellation n’est pas très aimable pour les chauves-souris. Car de son côté, la candidate du Front national a plutôt bien pris cette attaque. Elle a confié que J.L. Mélenchon était en privé (ces deux là seraient-ils intimes ?) « charmant, affable, presque un petit garçon ». C’est attendrissant. Même la mauvaise réputation du trublion serait surfaite. On attend désormais la réaction des pipistrelles, des molosses et des roussettes.

Toujours dans la veine animalière, le Parti socialiste a repris ses bonnes vieilles habitudes de panier de crabes. François Hollande avait prévenu : seuls peut-être les socialistes eux-mêmes pouvaient empêcher une victoire de la gauche. Il a été bien entendu. Sans trop de souci d’efficacité électorale, le porte-parole du PS l’a mis en demeure de clarifier sa proposition relative à la création de 60.000 postes d’enseignants. L’UMP et Nadine Morano peuvent se reposer un peu puisque Benoit Hamon fait leur travail. Les électeurs de gauche ont ainsi l’impression de rajeunir de cinq ans, d’être revenus à la belle époque où tous les leaders socialistes tapaient quotidiennement sur l’infortunée Ségolène Royal qui n’avait, comme la chèvre de M. Seguin, que sa bravitude à opposer au loup Sarkozy. On se rappelle la fin.

François Hollande avait assez bien surmonté les attaques de Jean-Luc Mélenchon, celles d’Eva Joly ou encore celles, franchement inaudibles, des deux candidats de l’extrême-gauche trotskiste. Les propos de Martine Aubry sur sa mollitude avaient été soldés par le résultat sans appel des élections primaires. Les intentions de vote demeurant au beau fixe, Pierre Moscivici s’était même laissé aller, comme autrefois les partisans d’Edouard Balladur, à dire que l’affaire était dans le sac. Pas du tout. La gauche du PS, toujours aussi sourcilleuse qu’Henri Emmanuelli, tient à montrer qu’elle est très capable de faire perdre son candidat. Il y faudra de l’application, de la ténacité, un peu de mauvaise foi, mais les électeurs ne doivent pas désespérer des talents de certains démolisseurs.

Avant qu’il soit trop tard, nous suggérons à tous les dirigeants socialistes de relire « Que le meilleur perde ! » de Michel-Antoine Burnier, l’un des pères avec J.F. Bizot de la belle aventure d’Actuel.

mercredi 18 janvier 2012

DÉMONCRATIE

Nous sommes tellement obnubilés par nos prochains rendez-vous électoraux que nous ne portons aucune attention aux grands scrutins démocratiques se déroulant ailleurs. Ainsi les élections législatives au Kazakhstan. Pourtant, le Kazakhstan pourrait nous intéresser, avec ses énormes réserves de gaz et de pétrole, avec ses 3.500 kilomètres de frontières exposées à la Russie, avec son site de lancement d’engins spatiaux à Baïkonour, bref avec ses mille richesses passionnantes. Mais non. Pas un mot, dans nos journaux, sur les magnifiques élections qui viennent d’avoir lieu dans ce beau pays d’Asie Centrale. C’est à peine si l’on repère, ici ou là, un communiqué de protestation d’une quelconque ligue des droits de l’Homme contestant le processus électoral kazakhstanais.

Il faut bien convenir que les élections ont été remarquables à bien des égards. D’abord, le parti du président Nursultan Nazarbaïev a réuni 80 % des suffrages. Un vrai plébiscite. Ce n’est pas notre pauvre Nicolas qui pourrait atteindre de tels sommets de popularité. Pour le reste, l’opposition légale, c’est-à-dire celle qui est autorisée à concourir précisément par l’excellent Nazarbaïev, a obtenu 19,6 % des voix. Les pelés, les galeux, les tondus de la véritable opposition se sont partagé 0,4 % des opinions exprimées. La honte.

Le corps électoral semble donc avoir toutes les raisons de maintenir sa confiance à un régime d’une stabilité inébranlable puisque le bon Nursultan présidait déjà aux destinées de la république soviétique du Kazakhstan. Depuis cela, il a transféré la capitale du pays d’Almaty, nichée dans les montagnes mais jugée trop proche de la Chine, à Akmola, rebaptisée on ne sait pourquoi Astana, riante bourgade de la steppe sibérienne. Il a continué par des pompages agricoles (aidé en cela par l’Ouzbékistan) l’assèchement de la mer d’Aral. Il vient de réprimer avec autorité un mouvement social chez les ouvriers qui s’occupent de l’extraction pétrolière du côté de la mer Caspienne. Il a promis des marchés substantiels à des entreprises françaises. On le dit riche d’uranium également. Par quelque bout qu’on regarde le phénomène, le président kazakh (c’est une ethnie minoritaire depuis les déportations organisées par Staline vers ce beau pays) du Kazakhstan se recommande à l’estime publique et même à l’admiration internationale. Que viennent enfin chez nous des dirigeants aussi déterminés !

Les écologistes inconsolables pourront toutefois lire « Aral », beau livre récent de la Franco-Iranienne Cécile Ladjali.

mardi 17 janvier 2012

TORPILLEUR

Bernard Accoyer nous avait déjà prévenus que l’éventuelle victoire de François Hollande aurait des conséquences économiques et sociales comparables à celles d’une guerre. Nous venons d’apprendre d’un expert, le ministre de la Défense, que les premières hostilités pourraient prendre l’allure d’une bataille navale.

Sans trop de souci de la mesure ou du ridicule, M. Gérard Longuet a en effet comparé le candidat socialiste au capitaine du Costa Concordia, ce paquebot italien qui est en train de sombrer après avoir été éperonné par des récifs. Pour notre ministre, l’affaire est claire : F. Hollande navigue trop près des écueils de la dépense publique et de la protection sociale ; plus grave, en ne montrant aucune solidarité dans les suites de la voie d’eau provoquée par la perte de notre triple A, il se comporte comme le commandant italien qui a abandonné son navire et ses passagers pour se réfugier sur la terre ferme.

Mauvais marin, capitaine sans foi ni loi, ce Hollande est vraiment incapable de barrer le navire France. Grand merci à M. Longuet pour cette mise en garde.

Jusque-là, F. Hollande s’était seulement fait traiter de capitaine de pédalo par son « ami » Jean-Luc Mélenchon. Ce n’était certes pas un compliment mais cela rendait quand même le navigateur sympathique. On l’imaginait canotant sur la Marne ou, à l’extrême rigueur, en kayak sur le lac du Portillon. On était assez loin de Loïck Peyron mais Hollande n’en devenait que plus aimable. Chacun le voyait comme une sorte de pêcheur à la ligne embarqué, une image de la paix et de la sérénité.

Aujourd’hui, nous découvrons une autre dimension dans le personnage. Une présidence Hollande nous garantirait tout à la fois Trafalgar et Mers-el-Kébir à l’heure même ou Nicolas Sarkozy et son vice-amiral Claude Guéant se préparent pour la bataille de Lépante. Et dire que certains Français imaginent encore de confier le gouvernail à ce pleutre défaitiste. Au train où va la campagne, l’ex-champion de moto Christian Estrosi ne devrait pas tarder à nous révéler que François Hollande est inapte au pilotage d’un cyclorameur ou d’une trottinette alors que Madame Merkel ne se déplace qu’en panzer. Quoi qu’il en soit, voilà bien une campagne qui démarre à fond les manettes.

Peut-on cependant rappeler à M. Longuet que le naufrage survenu en Italie a causé des morts dont les familles risquent de goûter médiocrement son humour ?

Les amateurs de vrais beaux naufrages pourront se reporter à deux versions très différentes de celui du « Batavia » en 1629 : « L’archipel des hérétiques » de Mike Dash et « Les naufragés du Batavia » de Simon Leys.

lundi 16 janvier 2012

CHATICIDE

Les Rétais sont tout hérissés, très en colère, toutes griffes dehors. Plus précisément, ils accusent deux habitantes de leur île, dont une femme médecin, de se livrer à une guerre contre les chats. Oui, les chats.

Il faut dire que l’île de Ré serait envahie par plus de deux mille chats errants, de pauvres bêtes abandonnées par leurs vacanciers de maîtres. Ceux-ci sont très nombreux en été mais, dès qu’arrive la fin de septembre, il n’y a pour ainsi dire plus un chat. En vérité, c’est le contraire : les chats pullulent et l’on ne sait plus qu’en faire. La ville de La Spézia, en Italie, avait eu le même problème. Elle était envahie par les chats errants et les autorités municipales avaient frappé un grand coup en décidant de déporter les félidés surnuméraires dans une île de l’archipel ligure. Malheureusement, on n’avait constaté aucune amélioration et les chats étaient revenus comme s’ils avaient surmonté leur légendaire peur de l’eau. Les responsables stambouliotes avaient recouru, au début du XX° siècle, à la même solution en l’appliquant aux chiens vagabonds très nombreux dans les rues d’Istambul. Déportés sur une île déserte de l’archipel des Princes, lieu d’exil très fréquenté dans la mer de Marmara (Léon Trotski lui-même y séjourna), les pauvres bêtes étaient mortes de faim ce qui avait valu aux Turcs, avant même le génocide des Arméniens, une vaste réprobation morale internationale.

On sait que l’île de Ré a, depuis longtemps, partie liée avec la déportation ; Léo Ferré l’a rappelé dans son « Merde à Vauban ». D’abord place forte pénitentiaire, St Martin-de-Ré fut le plus grand dépôt de bagnards en partance pour St Laurent-du-Maroni. On pourrait donc envisager la capture et l’exil des chats rétais. Pas sûr que la Guyenne soit disposée à les accueillir. L’île d’Yeu, où fut enfermé un autre moustachu, est assez peuplée et le problème ne serait donc que transporté sans être réglé. C’est pourquoi certains auraient choisi d’euthanasier les chats. D’après les autorités locales, on n’aurait en fait constaté que deux disparitions, ce qui est somme toute assez peu pour une population aussi considérable. Il n’empêche, la rumeur va son train. La doctoresse et une animatrice d’une association de protection des animaux (couverture idéale pour l’assassinat de chats) sont pointées du doigt et mises au ban de la société insulaire. Il faut préciser, toujours selon la rumeur rétaise, que la première est mariée à un Néo-Zélandais, un All Black, bref un ennemi.

Si l’on veut toutefois se convaincre de la nature diabolique du chat, il suffit de lire « Le Maître et Marguerite », admirable ouvrage de Mikhaïl Boulgakov.

dimanche 15 janvier 2012

Rodez gagne à Marignane 2 à 0

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vendredi 13 janvier 2012

TOMBEAUX

Comme souvent, Le Figaro est à la pointe de l’actualité. Au moins pour ce qui intéresse les personnes âgées et aisées.

C’est ainsi que le quotidien de M. Dassault s’est penché sur le sort des fossoyeurs employés au cimetière du Père-Lachaise. A en croire leurs représentants syndicaux, tous de la CGT, la mort ne serait pas une vie et les préposés aux tombes se tueraient au travail. Foi de quoi, le syndicat exige pour ses membres encore vivants la retraite à 50 ans. En ces temps de rigueur généralisée, on peine à comprendre comment le creusement de fosses funéraires serait plus pénible que celui des tranchées du gaz ou de l’électricité. La CGT réclame de surcroît une réduction quotidienne de 1 h 30 de la durée du travail, soit une semaine de 27 h à peu près.

Deux explications se proposent. Peut-être la proximité permanente de la mort est-elle à ce point démoralisante que les fossoyeurs nourrissent des pulsions suicidaires avec, si l’on veut, une sorte de tendance à l’autogestion. Ou alors, et c’est plus vraisemblable, le spectacle permanent des pierres tombales, avec leurs résumés d’une vie en deux dates, avec leurs « regrets éternels » et leur déplorable esthétique de marbre et de bronze, vient-il leur rappeler en permanence la brièveté de l’existence et donc l’urgence de la retraite. Dans un cas comme dans l’autre, il faut donner satisfaction à des revendications d’autant plus légitimes que nous sommes tous exposés aux représailles des fossoyeurs.

Dans le même numéro, Le Figaro nous a appris que M. Giscard d’Estaing rencontrait des difficultés pour la construction de sa future chapelle funéraire. On sait que l’intéressé est doublement vert. Il est resté très jeune, notamment pour l’idée qu’il a de lui-même. En outre, son immense talent littéraire lui vaut de siéger à l’Académie française. Voilà donc une nouvelle preuve de sa modestie légendaire : bien qu’immortel, il se préoccupe de ses obsèques. Et M. Giscard dit d’Estaing ne veut pas être enterré avec le peuple ; il lui faut une chapelle à proximité du caveau familial des Brantes auxquels il est allié. Le maire d’Authon refuse les autorisations nécessaires car il ne connaît rien aux particularités du deuil aristocratique. V.G.E. pourrait essayer le Père-Lachaise où son immense rayonnement culturel ne tarderait pas à éclipser le magnétisme exercé par la tombe de Jim Morrison. Si les fossoyeurs veulent bien de lui.

Pour patienter, l’ex-président pourra se documenter avec « Le Magasin des suicides » de Jean Teulé. Mourez, nous ferons le reste.

Marignane reçoit Rodez

Dans le même temps Hyères affronte Uzès

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